
La Davinci fraude?
Le 17
mai, sort sur grand écran le film « Da Vinci Code » de Ron Howard dont le
scénario repose sur l’ouvrage éponyme de Dan Brown, auteur à succès jouant sur
la carte de l’ésotérisme.
Dan Brown prétend, dans son livre, que l’Eglise catholique aurait caché
d’importants secrets quant à la nature de Jésus et au rôle de Marie-Madeleine.
Jésus n’aurait été déifié qu’au concile de Nicée et Marie aurait été sa femme et
la mère de ses enfants! Pas moins que ça !
Ce genre de pseudo révélation, prétendument étayée par de soi-disants arguments
historiques ne peut que faire des remous, attiser la curiosité à une époque où
les gens sont en quête de savoir facile, d’une spiritualité « low cost » et
sulfureuse, et attendent qu’on leur fournisse la réflexion toute chaude sur un
plateau de télévision, et la transcendance via la messe cathodique. Et bien que
chacun se défende de confondre réalité et fiction, près du tiers des interrogés
à un sondage des 21 et 22 avril, se dit convaincu que le Da Vinci Code s'inspire
de faits réels, ceci sans l’avoir forcément tenu en main.

Le livre débute avec l’assassinat du directeur du Louvre. Robert Langdon (Tom
Hanks) spécialiste des symboles ésotériques devient l’assistant de la police en
déchiffrant le message secret sur le cadavre et il est rejoint par Sophie Neveu
(Audrey Tautou), une cryptologiste, dans son enquête. Un historien ésotériste et
passionné par le Graal, Leigh Teabing, s’associe aux deux héros qui fuient un
moine membre de l’Opus Dei et les autorités, ces dernières les prenant pour les
coupables. Au cours de leur fuite, des révélations sont faites sur ce qu’est, en
réalité, le Graal, sur ce que cache l’Eglise catholique à propos de Jésus, sur
Marie-Madeleine et à propos de la Cène de Léonard de Vinci.
Le livre et le film enseignent que le Graal n’est pas une coupe contenant le
sang du Christ, mais Marie-Madeleine, qui aurait été le « récipient » du sang du
Christ de par la paternité de celui-ci des enfants qu’elle aurait portés.
En effet, selon Dan Brown, Marie aurait été l’épouse de Jésus, Jésus lui-même
étant un simple homme. Ils auraient eu une fille dont la lignée des rois
mérovingiens descendrait. Sophie Neveu va découvrir que leur sang coule en elle…
Il existait déjà une légende quant au lien entre les Mérovingiens et le Roi
David, par l’entremise de Salomon ; elle avait pour but se fortifier l’assise du
pouvoir de cette dynastie.
Marie-Madeleine est présentée comme le disciple le plus important de Jésus et
celui à qui il aurait confié l'avenir de l'Eglise. Les disciples machistes
n’auraient pas digéré cela et après eux, le Concile de Nicée (325) aurait évincé
les textes relatant la vie que Jésus partageait avec Marie-Madeleine. Il aurait
également affirmé de justesse la divinité de Jésus alors que sur les 300
participants, seuls 2 l’avaient refusé.
Malgré les diverses fautes d’histoire, Dan Brown, affirme, dans l’introduction,
«toutes les descriptions faites dans son livre sont parfaitement exactes, qu'il
s'agisse des œuvres d'art, des bâtiments, des documents ou des rites secrets».
Les documents qu’il prend en référence, pour présenter Marie-Madeleine sous cet
angle, sont l’évangile qui lui est attribué et l’évangile de Philippe, des
documents apocryphes rejetés par les Catholiques aussi.
Ce livre prétend donc que l’Eglise cacherait la vérité sur la relation de Jésus
avec Marie de Magdala et le rôle de celle-ci et ce faisant il promeut un certain
féminisme qui ne pourra que séduire à notre époque. Il prétend que la femme
était méprisée par le Christianisme, ignorant qu’il n'y a plus ni homme ni femme
(Galates 3 ; 28) et que les Evangiles n’ont jamais caché la compassion du Christ
pour les femmes (Jean 8 ; 3-11 par exemple).
Cet ouvrage convoque l’idée gnostique du « féminin sacré » qui semble, de nos
jours, vouloir entrer dans le Christianisme notamment par l’idée que les femmes
sont, par nature, plus en relation avec Dieu que les hommes, ce qui conduit à
des rencontre féminines œcuméniques.
Dans les religions antiques, mésopotamiennes, ou encore précolombiennes, la
femme a un rôle spirituel, qu’il s’agisse de prostituées sacrées, de vierges
sacrifiées (Salammbô de Flaubert est intéressant, sur ce point aussi) et il
existe de déesses en équilibre, en correspondance et en complément avec le
nombre des dieux. Par exemple le bellicisme du dieu Mars est tempéré par
l’esthétisme d’Athéna ou Isis est la déesse qui ramène le dieu Osiris à la vie.
Il affiche une pensée relativiste puisque si Jésus n’est pas Dieu comme il le
prétend, d’autres chemins sont possibles.
La débauche constituerait le moyen de voir Dieu. Sophie Neveu avait surpris son
grand-père en train de participer à un rituel sexuel et cela est supposé l’aider
à accéder à certaines vérités. L’acte sexuel devient donc un acte spirituel. Ce
n’est pas sans faire penser à tous les symboles phalliques de l’Egypte comme les
obélisques. La Bible, elle, distingue entre spiritualité et sexualité (« Ne vous
privez point l'un de l'autre, si ce n'est d'un commun accord pour un temps, afin
de vaquer à la prière ; puis retournez ensemble, de peur que Satan ne vous tente
par votre incontinence » 1Corinthiens 7:5) et prohibe la prostitution
(Deutéronome 23:17 ; 1 Corinthiens 6 : 15).
Les erreurs historiques de ce roman sont lourdes, par exemple il n’y a jamais eu
5 000 000 de sorcières tuées par l’Eglise romaine, mais 50 000. Ou encore, ce
n’est pas le Concile de Nicée qui a retenu l’Evangile dans la forme que nous lui
reconnaissons, mais le Concile de Carthage (397) et encore, il n’a fait que
formaliser la pratique chrétienne du IIème siècle.
Il est étonnant que la publication en anglais de l’évangile de Judas coïncide
avec la sortie du film de Ron Howard. L’un est un apocryphe, l’autre se réfère à
des apocryphes. L’idée de complot étant relayée par les médias, les gens vont
essayer de se faire leur propre opinion et vont croire que voir le film peut les
aider à cela.
A une époque où l’on avale tout ce qui est raconté par la télévision, les médias
ciblent la paranoïa sur des sujets où Pouvoir et Spiritualité se mêlent. Le
spectateur attentiste a déjà été préparé par des séries sur le paranormal et le
complot et l’on peut voir les résultats sur ce qui prennent pour parole
d’évangile certains délires de Thierry Meyssan et du réseau Voltaire.
Ils s’en prennent à l’Eglise catholique, mais nous aurions tort de ne nous en
préoccuper, car au-delà d’elle, c’est, en réalité, la foi chrétienne qui est
visée. Cependant, si l’on veut faire croire que la vérité commence à remonter à
la surface, il suffit de lire ces textes et de les comparer et l’on verra vite
la contradiction entre eux.
En effet, l’évangile de Judas réhabilite le félon et le présente comme le
disciple le plus proche du Christ alors que le Da Vinci Code met en avant
Marie-Madeleine dans ce rôle.
Egalement, alors que le Da Vinci Code veut faire accroire que Jésus n’était
qu’un homme mortel, l’évangile de Judas puise dans le docétisme pour dire que
Jésus n’avait qu’une enveloppe charnelle dont Judas devait le débarrasser en le
livrant.
Tout cela va tous azimuts pour capturer le maximum de personnes que le grand
cirque de l’image essaye d’endormir. Le spectateur, par sympathie pour un acteur
fétiche, risque de plonger dans un jeu grave dont son idole n’a lui-même pas
conscience. On peut aimer Tom Hanks dans « Seul au monde » ou « Forrest Gump »,
comme Audrey Tautou dans « …Amélie Poulain », mais sans céder au nouvel évangile
dans lequel ils jouent. On peut du reste s'interroger également sur la
confession de Hanks qui a affirmé à des journalistes s'être
converti à Jésus-Christ voici des années et fréquenter une église orthodoxe
grecque?Le monde pourra-t-il faire le distingo ?
La théologie est devenue subliminale au cinéma, à la télévision et sur les
supports papiers, par exemple l’image du dernier souper dans
Starwars III, dans la représentation d’un
Christ féminin par la photographe Bettina Rheims ou par la publicité des
créateurs de mode Marithé et François Girbaud
détournant la représentation de la Cène de De Vinci (La Cour d’appel de
Paris a confirmé, le 27 avril 2005, le jugement de première instance interdisant
l'affiche publicitaire). Enfin, dans la même veine, l’édition prochaine, en
allemand, d’un évangile féministe (il y a déjà un évangile pour les Noirs)
édulcorant le message de la Parole qui serait machiste pour un siècle ne pouvant
supporter la différence.
C’est à ce moment là qu’il est nécessaire de rester confiant dans le Seigneur,
de ne pas laisser le trouble gagner les cœurs (1 Pierre 3 ; 14). Il s’agit d’une
épreuve, aussi, dans le sens positif pour le peuple de Dieu : distinguer qui
voudra se conformer au monde par de plus ou moins subtils raisonnements (tels le
jeu sur les mots de l’Abbé Pierre dans «Mon Dieu... pourquoi ? » justifiant la
débauche) de qui voudra rester fidèle à une Parole de plus en plus jugée comme
réactionnaire.